La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique, est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis. » Maximilien Robespierre
Cette citation extraite d’un discours de Maximilien Robespierre résume à elle seule l’incertitude que vit actuellement le peuple vénézuélien. En effet, à l’aube de la nouvelle année, l’armée yankee a pénétré sur le territoire du Vénézuéla et a enlevé par la force son président. Le prétexte est que le peuple vénézuélien est en souffrance et qu’elle leur apporte la délivrance. Une autre raison évoquée est que le président vénézuélien serait le chef du narcotrafic qui inonde les USA de stupéfiants. Le gouvernement des USA prévoit d’installer sa propre gouvernance et en passant, de s’emparer des ressources pétrolières de ce pays.
La première question qui se pose est de savoir si une puissance étrangère peut s’imposer par la force à un peuple moins militarisé. La seconde question serait la suivante, un pays étranger peut-il substituer les règles de gouvernance d’un pays en instaurant celles du pays envahisseur ? Qu’en est-il des opinions publiques des puissance envahissantes ?
S’imposer par la force.
L’histoire regorge d’exemples où l’usage de la force a engendré des résistances accrues plutôt qu’une adoption des valeurs imposées. On peut citer tous les pays colonisés qui se sont libérés de leurs envahisseurs avec le temps car tout est une question de temps. La durabilité d’une situation de soumission n’est jamais au rendez-vous. Croire en sa puissance militaire pour durer est fallacieux. De ce point de vue, l’armée yankee a subi quelques défaites. On peut citer le Viêt-Nam, l’Irak au début de notre siècle, l’Afghanistan pour les plus récents. La poursuite de l’opération vénézuélienne ne peut créer que du chaos, du ressentiment envers la puissance occupante, de la division et de la haine dans la population du pays occupé. La force ne peut en aucun cas légitimer un pouvoir. En ce moment c’est l’attente sauf pour les médias qui ne se lassent pas de pronostics. Il convient de se poser la question de l’après.
Poser les fondements d’une gouvernance étrangère au Vénézuéla ?
Croire qu’il suffit d’entrer à main armée chez un peuple pour lui faire adopter des lois et une constitution favorable à l’envahisseur c’est pousser un peu loin ses capacités de soumettre, de contraindre. Les peuples ne supportent pas être dépossédés de leur souveraineté. Par ailleurs, la règle de droit est spécifique au peuple qui l’élabore. Chaque société élabore son propre système juridique, ses propres règles de droit selon son passé, ses contraintes, sa culture. Le système élaboré par un peuple pour organiser la société dans laquelle il vit ne peut s’appliquer tel quel à un autre peuple car la règle de droit exprime les valeurs d’une société c’est-à-dire ses grands principes. L’enracinement historique des institutions politiques, leur nature sociale et culturelle rendent vain l’espoir d’une transplantation par la force.
L’expression des opinions publiques des puissances envahissantes.
La population des puissances belliqueuses envahissantes, quand elle n’est pas muselée, ne tardent pas à s’exprimer pour réclamer l’arrêts des hostilités et le retour à une certaine quiétude autant pour elle que pour le pays envahi car elle subit malgré elle les conséquences de la guerre.
La captation des richesses des pays prétendument conquis ne profite pas à la masse laborieuse, celle qui prend les risques en constituant la majorité des soldats de l’armée envahissante mais à quelques capitalistes restés à la maison pour gérer les profits dégagés par la guerre. Il n’est pas agréable pour les familles de voir revenir, même si cela se fait dans la discrétion y compris à un degré limité, les cercueils de leurs enfants sinon des estropiés à vie. La masse laborieuse participe largement, malgré elle à l’effort financier d’une guerre de conquête et non de défense du pays. Les opinions publiques pèsent lourdement sur les décisions de ne pas participer à l’appétit insatiable de la gouvernance conquérante. Historiquement les USA ont les exemples du Viêt-Nam, de l’Irak, de la Somalie, de l’Afghanistan d’où ils se sont retirés lamentablement après avoir provoqué une instabilité politique et sociale, un avenir incertain, en somme un chaos indescriptible.
Les envahisseurs n’apportent pas la paix civile. Ils se veulent bâtisseurs mais ils engendrent un monde de haine et de destruction d’où la répugnance des peuples pour les missionnaires armés. Ce qui se passe au Venezuela, en Ukraine, à Gaza préfigure ce qui va nous arriver à nous aussi. Car tant que l’on vivra sous le capitalisme, avec la propriété privée, les lois du marché et de la concurrence, nous aurons la guerre.
Aujourd’hui, les évènements se précipitent parce que la guerre économique entre les géants que sont les États-Unis et la Chine est plus féroce que jamais. L’impérialisme américain se fait plus cynique, plus cupide, plus agressif. L’aboutissement ne peut être que la guerre généralisée. Ils ne s’arrêteront que sous la pression de leurs peuples, quand ils en seront à craindre les travailleurs, quand ils auront peur que ces derniers les renversent, eux et le système capitaliste qui est à la base de l’impérialisme.

