Enfin, voilà la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) reconnue comme un véritable enjeu de santé au travail, et plus simplement de santé publique ! Tout au moins au plan scientifique. Dans un avis et un rapport d’expertise collective publiés le 20 novembre, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses, conclut en effet à « l’existence d’une relation causale avérée » entre l’exposition des travailleurs aux vapeurs, gaz, particules, fumées (VGPF) et le développement de cette maladie respiratoire grave, quatrième cause de décès dans le monde (19.000 décès par an en France, ndlr), qui est largement sous-diagnostiquée et souvent associée au tabagisme.
L’inhalation de particules minérales (silice, charbon), de particules organiques (végétaux, moisissures), de gaz, vapeurs, fumées peut causer une BPCO, ou contribuer à son développement, appuie le rapport. Les métiers exposés concernent de multiples secteurs : mines et carrières, BTP, fonderies, sidérurgie, cokeries, industries textile et chimique, secteur agricole. Sur la base des nouvelles données analysées, l’Anses a établi une liste « non exhaustive » de 29 travaux exposants aux VGPF, allant de ceux liés aux soins des animaux, à la manipulation de végétaux, au contrôle des feux, à l’utilisation de moteurs thermiques en fonctionnement, jusqu’à la transformation du bois et du cuir. Parmi les actifs occupés âgés de 20 à 74 ans, plus de 6,3 millions (23,6%) exerceraient « dans des professions considérées comme fortement exposées », estime-t-elle.
Première recommandation : créer un tableau unique de maladie professionnelle
En conséquence, et pour « faciliter les démarches de reconnaissance des assurés », l’agence recommande, dans les régimes général et agricole, « la création d’un tableau unique de maladie professionnelle relatif à la BPCO en lien avec les VGPF ». Lequel intégrerait les rares, et très restrictifs, tableaux de maladies professionnelles (TMP) existants liés à cette maladie 1. Ce qui explique notamment la sous-reconnaissance. Pour réduire le sous-diagnostic, elle recommande aussi de déployer « en routine » le dépistage de la BPCO dans les consultations de médecine du travail et de médecine générale.
Pour les associations de victimes, qui accompagnent les salariés confrontés à des démarches de reconnaissance complexes, souvent vouées à l’échec, l’avis de l’Anses est une première victoire. La Fnath (Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés) a aussitôt souligné « une avancée scientifique ». « Les preuves sont désormais établies et doivent conduire à des décisions rapides et concrètes », souligne-t-elle, demandant « sans délai » la création d’un tableau unique de maladie professionnelle pour la BPCO.
La balle est désormais dans le camp de l’Etat qui, après consultation des commissions de maladies professionnelles où siègent les interlocuteurs sociaux, peut décider de créer, modifier ou supprimer un tableau ou d’établir des recommandations aux CRRMP (comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles). En attendant, l’Anses prend les devants et recommande à ceux-ci, « en l’absence de création de nouveau TMP », « de ne pas rejeter systématiquement la reconnaissance des dossiers portant sur la BPCO (…) au seul motif de la présence du facteur tabagique. » Entre 2014 et 2022, sur les 574 demandes de reconnaissances en maladies professionnelles de cas de BPCO lié à une exposition aux VGPF, seules 82 ont abouti en CRRMP.
Lu dans le magazine Santé Travail

