De la Plantation à la Fondation, on reste dans la fabrique de «l’éffacement»

par | Déc 24, 2025 | Actualités 2025

24 ans après après Nicolas SARKOSY, c’est au tour d’Emmanuel MACRON de dérouler le tapis rouge de la légion d’honneur à Bernard HAYOT. L’histoire retiendra que c’est le 14 mai 2025, qu’Emmanuel Macron, a élevé Bernard HAYOT au grade de Grand Officier de la Légion d’honneur. Pour a-t-il dit, honorer un homme qui a consacré sa vie au développement économique, social et culturel de la Martinique et des Outre-mer, qu’il a ensuite qualifié de bâtisseur et d’entrepreneur visionnaire passionné du patrimoine antillais.

Mais au-delà du baratin présidentiel, et de cette mise en scène,.qu’est-ce que toutes ces personnes, békés ou invités ont fêté en vrai  Parce que c’était pas la peine de se donner tant de mal, pour apprendre que Bernard HAYOT a commencé son parcours d’entrepreneur  en vendant des poulets au François.

L’interprétation de cet adoubement de l’état à Bernard HAYOT, n’est-elle pas plus politique qu’elle en a l’air. Déjà que Sarkozy déclarait que Bernard HAYOT: «participe activement et efficacement à apaiser nos communautés, afin de laisser à ceux qui nous succéderont un « vivre ensemble » aussi serein et constructif que possible». 

Quant on sait que ces honneurs, sont célébrés dans un contexte où des statuts  sont déboulonnées, où

des mobilisations se développent contre la vie chère, où encore émergent des débats sur les questions de réparation. On peut se poser des questions.

L’autre aspect mis en lumière lors de la cérémonie du récipiendaire, c’est le fait que soit évoqué, son implication depuis 25 ans, dans le monde des arts à travers la Plantation-Musée. On imagine que ce fut facile, pour lui avec 228 millions de bénéfices réalisés, de s’acheter une réputation de collectionneur reconnu. D’ailleurs, la reconversion fut fabuleuse pour quelqu’un qui, il y a 25 ans,‘aurait été incapable de distinguer un tableau de Picasso d’une toile de Florimond ANTERRION dit Ti Bouboule.

Et cette manière de jouer du mécénat et de l’image publique, participe également, à l’ «effacement», parce que tout  se déroule sur la scène originelle et emblématique du passé colonial. Ces maisons qu’occupent actuellement les grandes familles békés, à Clément, à Pécoul, ou à Gradis, sont les témoins du passé colonial et de l’organisation sociale des habitations agricoles. Elles incarnaient l’autorité sociale et économique.

 Aujourd’hui, l’«effacement» nous dit que rien n’a changé. Les lieux de la «Plantation» à l’ancienne maison de maître, est devenu aujourd’hui, le siège social des entreprises capitalistes à l’image de la Fondation Clément. Pour le groupe GBH c’est devenu un outil, confisqué, du patrimoine au service économique d’un Groupe, acteur économique majeur qui occupe les secteurs de : la grande distribution, l’automobile, l’industrie, l’agriculture, d’un énorme réseau de participations financières etc…

Et cette posture, pose la question de la perversion d’un lieu de mémoire en lieu de pouvoir économique et tout çà, au détriment des mémoires ; des travailleurs agricoles, de esclavage, et des luttes sociales etc…Elle pose la question du musellement total pou ayen pa chanjé.

Alors oui, au-delà de soutenir l’endogamie raciale de cet héritier d’un passé sombre, le glorifier consiste à renforcer le processus d’effacement des mémoires et des crimes commis, durant ces 300 dernières années.