Le 7 mars 1951 des gendarmes tirent sur des grévistes de l’Habitation La Chassaing

Il y a 74 ans, un mouvement de grève ébranle une fois de plus l’autorité coloniale en Martinique.

 

Dès janvier 1951, les grèves se multiplient : d’abord au François et au Robert puis avec les dockers sur le port. En février, un grand mouvement de revalorisation des salaires est enclenché.

La grève est particulièrement dure puisqu’elle est suivie par plus de 20 000 ouvriers agricoles qui réclament 1300 francs pour la tâche de 8 heures (la tache désigne la quantité de travail qu’est censé fournir un ouvrier moyen en une journée.

Les patrons refusent de négocier et font pression sur les ouvriers mais la grève se durcit et s’étend au Lamentin, à Basse-Pointe, à Rivière-Salée….

À Basse-Pointe, les CRS quadrillent la commune tandis qu’à Rivière-Salée, un gréviste est assommé par un gendarme. 19 ouvriers sont emprisonnés. La colère monte.

En mars 1951, la grève ne s’arrête pas. Les ouvriers, confortés par un décret du gouvernement français qui augmente le salaire de base de 25%, ne lâchent pas l’affaire. Ils sont des milliers dans la zone du centre (Lamentin, Ducos, Saint Esprit, Rivière Salée) et pratiquent la grève marchante en se déplaçant en grands groupes.

Le 7 mars 1951, une centaine d’ouvriers grévistes décident de marcher vers la mairie de Ducos. Vers 15h, une centaine de gendarmes et de CRS attaquent les grévistes près de l’habitation la Chassaing. Ils les dispersent sans aucune sommation en utilisant des gaz lacrymogènes et en tirant à balles réelles.

La fusillade de la Chassaing se conclut par des blessés et des détenus.

23 ouvriers sont emprisonnés au Fort Saint-Louis à Fort-de-France puis jugés dès le 12 mars pour « entrave à la liberté du travail ». 14 d’entre eux sont condamnés dont 8 à des peines de prison ferme.

La fusillade de la Chassaing, n’ayant pas provoqué de morts, a tendance à être oubliée dans la longue série de grèves durement réprimées par les représentants de l’État à la Martinique. Elle est pourtant symbolique de la persistance, malgré les lourdes conséquences, des revendications de populations qui vivent dans des situations extrêmement difficiles.

Les dures conditions de vie des ouvriers ont continué à provoquer des grèves récurrentes en février-mars des années suivantes : en 1952 (obtention d’une convention collective, en 1954. Les exemples de luttes sont nombreux et le sont tout autant, les exactions des forces de l’ordre qui ont provoqué la mort de plus d’une dizaine d’ouvriers Martiniquais-es entre 1948 et 1974.